Vivre ensemble

Une soirée entre mémoire et culture Tsigane le 22 novembre

Mis en ligne le

Zino et Poupa étaient de jeunes enfants lorsqu’ils furent déportés en camps pendant la Seconde guerre mondiale, mais ils en portent les traces à jamais. Le 22 novembre à Guipavas, une soirée dédiée à ce pan méconnu de l’histoire française leur permettra de rendre justice aux Tsiganes déportés.

« J’y pense tous les jours .» Anna Lagrène-Ferret, dite Poupa, témoigne depuis quelques années de l’horreur vécue dans un camp de Belgique, de 1943 à 1946. « C’était un camp de transit pour Auschwitz mais la fin de la guerre nous a éviter d’y aller. J’y suis arrivée à l’âge d’un an et demi. Ma sœur y est née. » Poupa parle, elle parle sans discontinuer de l’injustice de l’oubli, qui a frappé les survivants Tsiganes déportés. Elle parle et elle écrit des poèmes, « parce que j’ai la chance d’avoir appris à lire. » « A notre retour, confie-t-elle, mon père avait sa guitare et ma mère un duvet. Nous sommes arrivés à Lille sans rien. » Et avec la peur au ventre que cela recommence.

Une exposition pour voir

Son époux, Michel, dit Zino, a vécu dans le camp de Montreuil-Bellay, le plus grand centre d’internement de Tsigane ouvert et dirigé par l’administration française et dont parle l’exposition accrochée à la maison de quartier de Coataudon, à Guipavas (jusqu’au 20 décembre). « Le CCAS a acquis cette exposition pour en parler », précise Patricia Salaün-Kehornou, en charge de l’action sociale. « Guipavas a adhéré cette année au centre social des gens du voyage,  La Roulotte, d’où l’idée d’accueillir cette exposition », explique le maire Fabrice Jacob. Et de faire parler des voyageurs de l'aire d'accueil de Guipavas.

Des témoignages pour comprendre

« Je suis né à Morlaix. Ce sont des gendarmes qui nous ont arrêtés. Ils nous ont amenés à la gare. Direction Montreuil-Bellay, en Maine-et-Loire. J’en suis sorti à presque 6 ans, libéré en 1946, un an après la Libération. On y voyait très peu d’Allemands, car c’étaient des Français, excusez-moi de le dire comme ça mais c’est la vérité, ce sont des Français qui nous gardaient. »
Son père réussira à s’échapper lors d’une 2e tentative, recueilli blessé par des paysans. « Nous avions des caravanes et des chevaux. Après le camp, nous n’avions plus rien, nous étions nus. »

Se rapprocher les uns des autres

Pourquoi cette chape de plomb dans les écoles, les livres d’histoire, les médias ? Zino l’explique (voir la vidéo ci-dessous). Il y a urgence à témoigner, reconstruire la mémoire « car il manque une pierre à l’histoire de France et c’est pour cela qu’il y a des courants d’airs entre nous, Manouches français, et la société, conclut Poupa. Il y a un froid. Il faut en parler pour combler ce trou et nous rapprocher. C’est tard, mais ce n’est pas trop tard. » 

  

Une soirée dédiée à l’histoire Tsigane de 1940 à 1946 est organisée, en compagnie de Zino et Poupa, à la maison de quartier de Coataudon, le vendredi 22 novembre.  

 

Les écoles souhaitant en savoir plus sur l'exposition ou faire intervenir Zino et Poupa peuvent s'adresser à la maison de quartier.