Culture

Expo, livre, documentaire : Vous reprendrez bien un peu d’Elixir ?

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Une expo au Mac-Orlan, un livre édité par Coop Breizh le 13 novembre et un documentaire sur France 3 le 18 décembre. Le premier de tous les festivals, Elixir, a marqué de ses dix années toute une jeunesse qui se construisait une culture propre. Gérard Pont* se souvient.

Tout le monde a l’air de connaître Elixir mais comment en parler à la jeune génération ?

Gérard Pont : En expliquant qu’il y a quarante ans, il n’y avait pas de TGV, ni de voie express, que les concerts s’arrêtaient à Nantes, qu’il n’y avait pas de tourneurs… Bref, pour les jeunes, il n’y avait rien en Finistère. Et nous, on voulait faire venir les artistes qu’on aimait. Avec deux copains agriculteurs fans de folk, les cousins Billant de Landerneau, on s’est déplacé chez les agents, en Angleterre, dans les maisons de disques et on leur a demandé de faire venir les chanteurs en Finistère. On a eu Les Clash, Leonard Cohen, Depeche Mode, Simple Minds, Cure, Kim Wild, Joe Cocker, Lords of the New Church, Donovan et la scène bretonne ou folk française …

Quels arguments aviez-vous pour les convaincre de venir ici ?

On n’avait pas d’argent mais on leur promettait des sommes suffisantes pour les faire venir ! Outre-Manche, les agents se passaient le mot. On bénéficiait de la sono de Londres, d’un public qui a tout de suite adhéré. Ça a pris. On a compté 15 000 personnes la première année. C’était la jeunesse qui prenait le pouvoir dans une ambiance très cool. Toute la presse spécialisée y venait, nous surnommant le « Woodstock breton ».

Vous souvenez-vous de la première édition d’Elixir ?

Parfaitement. 1979. On n’avait pas de scène. On a récupéré un hangar agricole, on a l’a surélevé et couvert. La première année fut très amateur. Et puis on s’est professionnalisé en créant de nouveaux métiers. Les parents étaient inquiets qu’on perde notre temps dans ce festival, parce qu’on bossait par ailleurs à côté. Mais on a défriché. Aujourd’hui, ce sont des métiers à part entière. On projetait même des images du concert sur des toiles blanches, on a inventé un système de bracelets et les citernes de bars... 

Pourquoi étiez-vous obligé de bouger chaque année ? Irvillac, Plounéour-Trez, Saint-Pabu…

On était un festival itinérant par nécessité. Les maires avaient peur de nous parce qu’ils sont responsables d’éventuels débordements. Aujourd’hui, chaque commune veut son festival. On a peur deux à trois fois parce qu’on avait pas de lieu jusqu’au dernier moment ! Tout était à inventer et nous devions convaincre les adultes. On a tenu 10 ans puis on a fait faillite suite à un redressement fiscal – on était des amateurs – et des émeutes à un festival qu'on coproduisait pour la première fois en Grèce.

Qu’est-ce qui a fait que vous sortait un livre  aujourd’hui ?

Notre copain Pierre Billant nous a quitté il y a peu. On s’est replongé dans cette période, dans nos archives et on a vu qu’il y avait matière à en reparler quand on voit aujourd’hui le succès des Vieilles Charrues, Astropolis, le Bout du Monde... Je crois qu’Elixir, c’était une bonne potion !


* Après ses études, Gérard Pont fut d’abord directeur de la librairie Dialogues à Brest. En 1979, en parallèle, il crée le festival de rock Élixir en Bretagne. Il est ensuite journaliste puis cofonde la société Morgane. Il est également président des Francofolies de La Rochelle.

  • Festival Elixir, le premier grand festival français, par Gérard Pont et Olivier Polard (historien), sera en librairie le 13 novembre (éditions Coop Breizh).
  • Le film consacré au festival sera diffusé sur France 3 Bretagne le 18 décembre (extraits sur Youtube).
  • L’exposition de photos et d’archives est visible au Mac Orlan jusqu’au 24 novembre (entrée libre)

 

 

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