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Claude Breton, l’homme, la mer… et le temps qui file

Chronomètre en main et œil aiguisé, ce Brestois contrôle les grands records réalisés sur l’eau. Vingt ans que ça dure. Le dernier en date, celui de Groupama 3, c’était encore lui. Portrait d’un passionné de la mer.

Top chrono !

Jumelles sur les yeux et chronomètre à portée de mains : dans le sémaphore du Creac’h à Ouessant, Claude Breton scrute l’horizon. Et attend Franck Cammas et l’équipage de Groupama 3, qui en terminent avec leur trophée Jules-Verne. Record battu. Et un autre pour le chronométreur officiel. « On n’a pas fait une nuit blanche, c’est déjà ça ! Mais avec une arrivée de nuit, avec ces flashlights, c’est pas facile. Je voyais la voile comme un petit ongle ! ».

A la base, la vitesse

Rentré au Service hydrographique et océanographique de la Marine (Shom) en 1972, Claude Breton est un passionné de voile. Avec une bande de copains, il est à l’origine de la création des Crocodiles de l’Elorn. Ils imaginent une planche de 13 m… et quatre voiles. En 1978, direction Weymouth en Angleterre pour participer à une Base de vitesse. Un déclic. Ils lanceront l’idée à Brest par la suite.

Les Français dans la place

Largement majoritaires au sein du World Sailing Speed Record Council (WSSRC), instance internationale qui contrôle et valide les records sur l’eau, les Anglais demandent à nos Bretons de devenir observateurs. Nous sommes en 1987. En 2000, Claude Breton devient vice-président du WSSRC avant d’atteindre la fonction de président en 2002. « A ma grande surprise, car il n’y avait que des lords anglais auparavant. » Son expérience de cartographe et des calculs de navigation y est forcément pour beaucoup.

Franck, Olivier, Francis, Ellen et les autres

En vingt ans, Claude Breton a vu défiler un paquet de marins émérites, des records… et des tentatives avortées. Au total : 30 records, 22 tours du monde (mais seulement 7 records), les records du 500 m en planche et le kite-surf. Ses souvenirs les plus marquants ? « Une tempête de neige à Ouessant un 31 décembre ! J’ai juste vu la tête de mât du bateau d’Olivier de Kersauson. Mais aussi, l’arrivée d’Ellen McArthur, car son équipe à terre craignait pour son intégrité physique ». Et Claude Breton de citer également Loïc Peyron, Francis Joyon, Jean-Luc Van den Heede (« Le plus truculent ») et Steve Fossett (« Je l’ai eu au téléphone ! »).

Une intégrité au service des coureurs

Comme ses compères chronométreurs - « un réseau dormant de personnes dans différents ports du monde » - Claude Breton est bénévole. Et attentif à tout ce qui pourrait venir entacher leur intégrité. « Il faut être détaché des sponsors. Et nous ne sommes pas le comité de course. Nous sommes à la disposition des coureurs, un peu comme des huissiers qui vérifient que tel bateau est bien parti et bien arrivé à telle heure ». Des doutes ? La triche possible ? « La voile est un milieu où il est encore question d’honneur. Et les avancées technologiques empêchent cette triche ».

L’œil, le chrono, la boîte noire

Témoin de l’évolution technologique dans le milieu de la voile, notre chronométreur est bien placé pour mesurer la part de l’humain dans cette chasse aux records. Montre, chronomètre, vidéo, GPS embarqué : on parle de minutes pour les courses au large, mais de centièmes de secondes pour les records en planches. Et l’œil dans tout ça ? « Ah, c’est tout le débat ! Certains comptent plus sur l’œil. Je tiens à cette idée de témoin physique. La technologie est juste un appoint ».

Un travail de l’ombre… nécessaire

Si le « métier » de chronométreur est souvent relégué dans l’ombre du marin qui accomplit son exploit, il est tout sauf anodin. « On est à la fois pas grand-chose… et indispensable. Nous sommes les seuls au monde à faire ça. C’est original ». Paroles d’expert du temps qui passe.


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