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Bernard Stamm, skipper en résidence à Brest et paré pour le Vendée Globe

À bientôt 49 ans, le Suisse Bernard Stamm s’est préparé à Brest pour se lancer dans son troisième Vendée Globe à bord du monocoque Cheminées Poujoulat. Il a d’ailleurs étrenné à Brest le statut de skipper en résidence. Rencontre sur les pontons de la marina du Château, désormais son port d’attache.

Cheminées Poujoulat quitte Brest pour rejoindre la ligne de départ du Vendée Globe 2012. Quelle est la genèse du projet ?

Nous avons mis en place le projet dès le début de 2009, mais il est véritablement devenu concret par le dessin à partir du mois de septembre. Le reste, c’est comme une véritable entreprise pour laquelle nous avons identifié plusieurs axes de travail : la maîtrise de la performance du bateau, une préparation sportive optimale, des recherches sur l’impact énergétique et une collaboration avec des instituts de recherche pour collecter des données scientifiques à l’occasion de la course. 

Et le sponsor ?

Cheminées Poujoulat est le sponsor principal permettant le fonctionnement du bateau avec notamment une équipe de huit personnes qui travaillent autour de moi. Nous ne sommes pas là pour partir à l’aventure, pour jeter de l’argent par les fenêtres, ni faire une simple régate autour du monde.

Au-delà de la dimension sportive, il y a aussi un enjeu scientifique ?

La Fondation Sandoz est également mécène de l’École polytechnique de Lausanne qui s’est investie dans la mise au point de projets scientifiques liés à la performance du bateau et à la recherche océanographique. C’est le cas du minilab installé à bord, où interviennent des Brestois, à commencer par Océanopolis qui est soutenu par des équipes CNRS de l’Institut Universitaire Européen de la Mer et de la Division Technique de l’INSU. Leur collaboration a permis de développer un système de stations de mesures environnementales.

Quel est l’objectif ?

Il s’agit de travailler sur le premier mètre de la couche d’eau très riche en plancton, afin de transmettre de l’information en temps réel et surtout de la comparer avec des mesures en provenance de satellites. Deux années de travaux ont été nécessaires pour élaborer un système pas simple à mettre au point puisqu’il s’agit d’un bateau de course qui progresse parfois entre l’air et l’eau, alors que le minilab ne doit prendre que la mesure de l’eau. L’intérêt de ce projet, c’est de récolter des données complètes dans des zones où peu de bateaux passent. 

Au-delà de la collaboration technique, vous avez un véritable attachement à la Bretagne.

J’ai quitté la Suisse très tôt pour grimper sur des cargos de la marine marchande. J’ai ensuite fait du skippage, du convoyage ou même pilote d’essai, pendant plus de dix ans. En France, dans le Pays Bigouden, j’ai repris contact avec une vie sociale. La Bretagne, c’est devenu chez moi. C’est bien sûr lié à la mer. Elle ne serait pas au bord de l’eau que ce ne serait pas la même chose. En fait, dans mon parcours aquatique, j’y suis arrivé par hasard. Finalement, l’endroit me va bien, le climat me convient et je me sens bien avec les gens. 

Comment devient-on skipper en résidence à Brest ?

Le rapport avec Brest est déjà ancien. Lorsque j’ai construit mon 60 pieds à Lesconil en 1997, une grosse partie de mes fournisseurs était déjà Brestois et des liens se sont inévitablement tissés sur le long terme, au gré de mes fortunes de mer. Aujourd’hui, depuis maintenant un an, Brest métropole océane loue pour le projet 750 mètres carrés de hangars sur le port de commerce. Ils ont été aménagés en base technique afin d’effectuer les travaux d’entretien du bateau. En fait, cet espace est devenu un véritable chantier naval depuis la grosse avarie que nous avons connue sur la Transat Jacques Vabre, en novembre 2011. 

On vous voit désormais beaucoup sur le port de Brest !

Bien sûr ! Cette collaboration inclut aussi la mise à disposition d’une place au ponton sur le port du Château. Derrière l’idée de ce partenariat d’image, une première pour Brest, émerge le fait qu’il n’y a que 20 bateaux de ce genre au monde et qu’il était bien dommage que Brest, le port des records, ne profite pas de sa situation pour en accueillir au moins un. 

En plus de la base technique, vous disposez tout à côté d’un formidable terrain d’exercice.

La rade est un endroit fabuleux pour naviguer. C’est une véritable mer intérieure où il est possible de sortir par n’importe quel temps. La rade-abri est aussi parfaite pour notre bateau qui n’est vraiment pas facile à manœuvrer. On peut débouler sans crainte puisqu’il y est toujours possible de ressortir au sud si on rate la manœuvre d’approche !

Fin prêt pour le Vendée Globe ?

J’arrive à la fin de mon programme d’entraînement qui comprend à la fois de l’endurance, du gainage pour que le corps soit bien tenu et du travail de puissance. Je suis au bout de trois années de préparation physique dont les bénéfices vont se perdre très rapidement, dès les premiers jours de course, puisque j’évoluerai dans un espace restreint de dix-huit mètres de long sur deux de large. À bord, j’utilise beaucoup le haut de mon corps et je perds inévitablement l’usage du bas. Un déséquilibre se crée et j’en retarde les effets si je me prépare bien. Bref, il faut avoir une bonne santé, mais dans ce type de projet, c’est toujours le mental qui prime.

Et le bateau ?

Quant au bateau, il est astreignant et compliqué. C’est un prototype que je compare volontiers à une formule 1, sauf pour la vitesse bien sûr. Il y a de nombreux critères à respecter. La longueur, le tirant d’eau... Nous sommes pour Cheminées Poujoulat au maximum de la puissance autorisée. En fait, nous n’avons pas de petits frères dans la flotte. Son grand frère, c’est un peu le trimaran Groupama. Il est plus petit que ses concurrents et plus lourd. En même temps il charge moins d’eau que les autres 60 pieds IMOCA engagés dans le Vendée Globe. Ceci posé, on a toutes nos chances de bien figurer à l’arrivée. Nous sommes compétitifs, mais nous ne sommes pas les seuls à l’être !

En savoir plus : http://poujoulat.bernard-stamm.com 

 

 


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