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Au cœur des montagnes d’Ouzbékistan, le village de Maïntepa se développe avec le coup de main de deux associations brestoises

A des milliers de kilomètres de la France, 400 000 jeunes Ouzbekes apprennent le français en classe, dont ceux de l'école n° 24 à Maïntepa / Photos Yvon Jézéquel
A des milliers de kilomètres de la France, 400 000 jeunes Ouzbekes apprennent le français en classe, dont ceux de l'école n° 24 à Maïntepa / Photos Yvon Jézéquel

Deux associations brestoises, Maïntepa et MaCréa participent au développement d’un village de la steppe d’Ouzbékistan. L’une en favorisant l’enseignement du français à l’école du village. L’une et l’autre en finançant un projet de ferme qui permettra de développer l’emploi sur place.

Maïntepa, ensemble de cinq villages de 1600 habitants, essentiellement des agriculteurs, dans la steppe à deux heures de route de Samarkand. Un village au bord d’une rivière souvent à sec, plombé par la chaleur en été et figé par le froid rigoureux en hiver. Ici, l’électricité fonctionne par à-coups, jusqu’à 22h où le village est alors plongé dans un noir profond. Là, au milieu des fermes où l’on fait sécher les bouses de vaches pour en faire un combustible, une école de campagne : la n° 24. Un grand bâtiment récent, avec sa cour et son terrain de sports où sont scolarisés 300 élèves de 7 à 16 ans, encadrés par 32 instituteurs. Faute de salles de classe en nombre suffisant, 150 gamins étudient le matin. Les autres, l’après-midi ! Il y a bien les anciens bâtiments de l’école qui pourraient être réhabilités, mais le budget n’y est pas. A l’issue de leur scolarité, les ados de Maïntepa rejoindront le collège pour y apprendre un métier, ou le lycée pour les plus brillants. D’autres resteront à la ferme avec leurs parents.

Pour autant, le tableau n’est pas aussi sombre. Grâce au concours financier du voyagiste Salaün Holidays et à l’association Maïntepa de Brest (présidée par Didier Labouche, des Editions Géorama), l’école s’est enrichie en 2008 d’une bibliothèque, ouverte aux habitants du village et des villages voisins, où les rayons proposent des romans, des ouvrages de poésie, des dictionnaires… Le terrain de sports, aménagé pour le foot et le volley, a aussi bénéficié d’un coup de pouce des donateurs brestois. Chaque année, un tournoi de foot de l’amitié réunit ainsi 20 écoles de la région. A noter aussi la présence d’un groupe électrogène qui permet aux plus grands de s’initier à l’informatique sans les aléas des coupures d’électricité. Les subventions ont aussi permis d’organiser une sortie scolaire pour 200 gamins et leurs parents vers Samarkand, la grande ville voisine que la très grande majorité des visiteurs ne connaissaient que de nom. L’année prochaine, ce sera la visite de l’autre ville mythique, Boukhara… si les finances le permettent.

Et dans cette école de campagne, de jeunes Ouzbèkes apprennent le français ! Répartis en deux classes, ils sont 38 filles et garçons de 12 à 16 ans à conjuguer le verbe avoir au présent et à réciter des poèmes dans la langue de Ronsard. Sous la direction de Khassan leur instituteur, les jeunes étudient l’alphabet, la phonétique, le calcul, lisent et écrivent en français…

L’enseignement d’une langue étrangère à l’école est un héritage de l’occupation soviétique. La règle était simple : si le professeur était francophone, alors les scolaires apprenaient le français. S’il était anglophone… Pendant onze ans, faute d’enseignant, l’école de Maïntepa n’a pas proposé le français aux jeunes. Jusqu’à ce qu’en 2007, l’association Maïntepa ne participe au financement complémentaire d’un poste d’enseignant. Avec un certain succès ! Dans cette promotion, cinq élèves ont réussi leur examen d’entrée à l’institut des langues étrangères de Samarcande et leurs études sont en partie prises en charge par l’association à hauteur de 650 à 700 euros par an. Aujourd’hui, le professeur de français n’est autre que Khassan, un ancien de l’école de Maïntepa qui est revenu au village pour enseigner le français et aider ses parents à la ferme voisine.

Une autre association locale apporte sa pierre à l’édifice, en l’occurrence celui d’une bergerie. Composée d’étudiants en gestion de l’IUT de Brest, l’association MaCréa a souhaité en 2011 participer à un projet de développement économique dans un pays étranger. Approchée, l’association Maïntepa a vite proposé une action : la plantation de 500 arbres fruitiers, la construction d’une bergerie et l’achat de 30 moutons pour permettre à un jeune berger de travailler au village… et de lancer le mouvement. Sur place, c’est Janonbek Sanakulov qui gère le projet. Tombé amoureux de la langue française à douze ans, le gaillard en a fait son métier. Tour à tour conférencier, guide, professeur, et aujourd’hui directeur d’une agence de voyage à Samarkand, ce natif de Maïntepa fait le lien avec les Brestois et gère l’affaire depuis Samarkand. L’idée est de multiplier naturellement le nombre de moutons afin de générer une activité économique source d’emplois. L’association a aussi initié une forme de micro-crédit afin de permettre aux familles les plus pauvres d’acheter à crédit jusqu’à cinq moutons (100 euros pièce), d’en assurer la descendance et d’en restituer autant, dès la deuxième portée, afin de lancer de nouvelles familles dans la démarche.

Un groupe d’étudiants de MaCréa a fait le voyage à Maïntepa en févier 2012 pour constater le bon usage de leur investissement (6000 euros). Aujourd’hui, la bergerie en torchis est achevée sur la colline de Maïntepa, le fourrage est en place, la maison du berger accueille son jeune locataire et les moutons vont bientôt passer leur premier hiver sous un toit brestois.

Contact : association Maïntepa (didier.labouche@wanadoo.fr)

 


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