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Abdallah Filali, chauds les marrons… depuis 30 ans

Cela fait maintenant trente ans qu’il stationne chaque après-midi rue Jean-Jaurès, emmitouflé devant son brasero.

Certains signes annoncent, sans erreur possible, les changements de saisons. Si le vol rapide de quelques hirondelles est traditionnellement promesse de printemps, à Brest, c’est la présence d’Abdallah Filali dans les rues de la ville qui indique le retour immuable des premiers frimas, des jours raccourcis et des longues soirées d’hiver.

Pour les Brestois, Abdallah Filali est tout simplement « le marchand de marrons ». Voilà trente ans maintenant que sa silhouette trapue et son « chariot » brasero font partie du paysage urbain. Trente ans, qu’emmitouflé dans une épaisse parka, bonnet vissé sur la tête, il s’installe chaque après-midi, de quinze heures à dix-neuf heures trente et d’octobre à fin janvier, devant le Printemps de la rue Jean-Jaurès. « C’est un peu l’hôtel des courants d’air » s’amuse-t-il avec un accent qui évoque le soleil de son Maroc natal.

Car Abdallah Filali est né à Fès en 1945. C’est dans la médina de la cité impériale qu’il a appris l’art délicat du martelage et de la gravure sur cuivre. « J’en ai fait mon métier, et j’étais plutôt bon, je me débrouillais bien et l’ouvrage ne manquait pas ». Mais le différend qui l’oppose à un patron qu’il juge incompétent l’amène à changer radicalement d’existence et d’horizons.

Il a vingt-et-un ans, voir ailleurs ne lui fait pas peur : il entame alors un long voyage qui le conduira de Fès en Espagne, puis en France et enfin à Brest (« J’y avais un ami ») où il arrive le 20 mai 1966. Il sera ensuite terrassier sur des chantiers de voirie, travaillera sur le port au nettoyage des bateaux, fera une multitude de petits boulots avant de devenir « le marchand de marrons », cette figure familière et unique du pavé brestois.

En trente années de pratique, il s’est constitué une clientèle fidèle : « Je peux dire que j’en suis à ma troisième génération d’acheteurs » sourit-il. Fidèle également, l’increvable « chariot », toujours le même, dans lequel il grille ses châtaignes (il s’approvisionne à Bourg-Blanc) et qu’il roule jusqu’au marché Saint-Louis les dimanches matin. Et lorsque la saison des marrons se termine, Abdallah Filali s’en va, aussitôt qu’il le peut, rejoindre sa femme, ses enfants et ses petit-enfants au Maroc.

 


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