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Allain Bougrain-Dubourg : " La biodiversité, c'est l'assurance-vie de la planète"

Figure de la télévision et de la cause animale, et aussi un vieux complice d’Océanopolis : Allain Bougrain-Dubourg, journaliste, producteur, réalisateur, baroudeur, ne pouvait manquer les 20 ans du parc de découverte des océans qui ont été célébrés le 7 juin. Entretien avec un amoureux des oiseaux et des vipères qui n’a pas sa langue dans la poche.

Vous suivez l’aventure Océanopolis depuis le début. C’est une belle histoire ?

J’ai connu Océanopolis quand il plantait ses racines. J’avais fait un spécial Animalia à l’ouverture. Suite à cette émission, nous sommes devenus amis. Ces 20 ans, c’est une émotion affective. Cela synthétise tellement d’opérations en commun, de films, d’expos… Océanopolis, c’est l’illustration du possible, de la réussite, le pari fou qui tient ses promesses.

2010, c’est également l’année de la biodiversité. Celle-ci diminue à un rythme jamais connu avant. Inquiet ?

Oui. J’étais à Rio (première grande conférence climatique ou est né le principe de développement durable, NDLR) en 1992 : cette conférence était une bouffée d’espoir pour la biodiversité. Aujourd’hui, on n’est pas au rendez-vous de l’engagement, on n’a pas enrayé le déclin. 40 % de l’économie mondiale repose sur des services rendus par la nature (ressources halieutiques principalement). Or, ces services sont en déclin de 70 %. La biodiversité, c’est l’assurance-vie de la planète.

Vous êtes président de la République : quelle est votre première mesure pour endiguer ce déclin ?

Le Grenelle est déjà quelque chose d’exemplaire qui a rassemblé toutes les composantes de la société. Le Grenelle I est une grande idée. Le Grenelle II a une mise en œuvre plus longue mais on va y arriver.

La politique vous tente ?

Pas au sens politique du terme, mais au sens civique. Je me sens mieux dans la vie associative. Les Français font confiance à 83 % aux associations. Les politiques sont loin derrière.

Vous menez ou avez mené, de nombreux combats. Quel est celui pour lequel vous êtes le plus engagé ?

La Ligue Protectrice des Oiseaux. Il y a 20 ans, nous étions 3000 membres et 15 salariés. Aujourd’hui, il y a 46000 membres et 300 salariés. On est venu me chercher au début et je ne pensais pas rester longtemps. Et puis je me suis engagé contre le braconnage des tourterelles dans le Médoc. Il a fallu 20 ans pour régler ce problème.

Vous n’êtes pas « très chasse-très pêche » ?

Je travaille beaucoup avec les chasseurs les plus intelligents.
Mais je pense que l’on ne peut pas retirer la vie pour le plaisir.

Y’a-t-il un programme qui vous plaît à la télé ?

J’aime beaucoup les débats politiques. C’est inadmissible que sur le service public, il n’y ait pas de programmes qui mettent en valeur des choses comme Océanopolis. Et en face, il y a dix émissions sur le foot…

Les comportements individuels évoluent-ils. Sommes-nous plus éco-responsables ?

Il y a une prise de conscience ponctuellement liée à la crise du pétrole. Mais il y a également une vraie prise de conscience sur les limites des ressources, sur le tri des déchets ou sur l’ouverture à la nature. Le développement des opérations de birdwatching (observation des oiseaux) en est un bon exemple.

L’accident de BP dans le Golfe du Nouveau-Mexique ?

Je suis fasciné par le fait qu’il n’y a pas eu de plan B alors que l’on fore jusqu’à 3000 m. On va pomper les dernières gouttes de la terre, et on le fait sans précaution. C’est inacceptable. Cela me fait penser à l’Antarctique qui est gorgé de ressources… On a besoin d’énergies mais il va bien falloir réfléchir à un autre mode de vie. Qui ne doit pas être forcément triste.

Terre ou mer ?

Plutôt mer.

Votre plus grande victoire ?

Les tourterelles du Médoc. Il y avait 3000 chasseurs en face… La condition animale est un sujet qui me touche : j’ai fait interdire les chevrots et les volailles que l’on suspendait à la balance. Maintenant, on les met dans des caisses.

Ce n’est pas trop dur de s’attaquer aux pratiques traditionnelles ?

C’est très dur car si l’on dit tradition, on dit qualité. C’est faux. De même derrière tradition, on croit culture. Or quand on lève le voile, on découvre un business. L’ortolan, c’est 150 euros pièce.

Votre meilleur souvenir en tant que journaliste ?

Lorsque j’ai découvert l’Antarctique. Cela a été un choc.

Vous-même, Jacques Pradel, Orsenna ou Perrin : on retrouve souvent les mêmes noms associés à Océanopolis…

La première fois que je suis venu ici, je voulais filmer des dauphins. Eric Hussenot, le directeur d’Océanopolis me dit à la descente de l’avion : «dans une demi-heure». Une demi-heure plus tard, je filmais des dauphins… ça crée des liens. Pradel et Perrin m'ont accompagnés à Océanomoplis et ils ont été très vite séduits.

Et Brest dans tout ça ?

Brest, pour moi, c’est le tremplin de la recherche et de la connaissance océanographique. C’est une passion que je partage avec tous les gens ici.


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