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Eric Hussenot et Jean-Paul Alayse, poissons-pilotes de la biodiversité marine

2010, c’est l’année de la biodiversité mais, hasard du calendrier, ce sont également les 20 ans d’Océanopolis.

Depuis 1990, Eric Hussenot, poisson-pilote, dirige l’équipement emblématique de Brest avec Jean-Paul Alayse, son ombre arrondie et acolyte de toujours. L’affable Eric reçoit dans son bureau pour évoquer la grande aventure.

Au début des années 80, Brest est déjà une citadelle de l’océanographie. L’Ifremer a fait son trou dans l’eau et la communauté scientifique bouillonne autour. Eric Hussenot, chercheur au CNRS, étudie les espèces benthiques (des fonds marins) à l’UBO. Son voisin de labo, Jean-Paul Alayse, est un spécialiste de la génétique des poissons plats. L’un rêve de mammifères marins et les soigne dans son jardin. L’autre est pris de poissons et imagine des aquariums géants. Ils sympathisent.

Tandis que les deux tourteaux dessinent leur avenir commun, François Mitterrand, fraîchement arrivé au pouvoir, décide de lancer une réflexion sur la culture scientifique technique et industrielle. « La culture scientifique permet de comprendre le monde dans lequel on vit. C’était important de vouloir mettre cela en avant. »

La Villette voit le jour à Paris. Le CNES à Toulouse. Et Boulogne récupère le Centre national de la mer qui devait d’abord s’installer à Brest. Qu’importe. La Ville de Brest veut son Centre de Culture Scientifique et Technique de la Mer et insiste. Les deux scientifiques, déjà inséparables, sont détachés auprès de la collectivité pour réfléchir au projet. « On ne voulait pas d’une structure privée, qui nous oblige à faire sauter des dauphins dans des cerceaux » se souvient Eric Hussenot. On frappe à la porte du directeur. Une tête dépasse, joviale. Poisson bien luné, Jean-Paul Alayse passe par là. Il a quelque chose à montrer, le montrera plus tard, et s’installe.

Retour en 1989, époque ou les deux complices définissent les bases du succès à venir : de l’émotion pour attirer et une marque qui repose sur la rigueur scientifique. Le gestionnaire du parc est choisi : ce sera la Sopab, société d’économie mixte qui gère les grands équipements communautaires. C’est ici qu’entre en piste le troisième compère et dernier élément du noyau dur qui dure depuis 20 ans : Jacques Sévellec. Le directeur de la Sopab, physique de grand blanc, bouscule un peu les scientifiques. « Nous venions de monde très différents. Jean-Paul et moi avons cherché à comprendre ce qu’était l’économie tandis que Jacques s’est intéressé à nos idées. Au final, nous avons porté ensemble le projet auprès de la collectivité ».

Résultat : derrière un investissement de 360 millions de francs, les habitants de l’agglomération découvrent Océanopolis le 21 juin 1990. La première année, Océanopolis fait 500 000 entrées, un raz de marée… «  Alors que 50 000, c’est déjà très bon pour un musée en province » s’amuse aujourd’hui Jean-Paul Alayse.

Dès l’ouverture, le succès est colossal. Océanopolis est l’équipement touristique le plus visité en Bretagne et fait partie des 15 sites payants les plus visités de France. Il devient un équipement économique majeur de l’agglomération. L’extension en 2000 et l’ouverture des pavillons tropical et polaire a permis de maintenir l’intérêt du public. Pas peu fiers, Jean-Paul Alayse explique qu’« aujourd’hui, 7 000 Brestois sont abonnés à Océanopolis ». Qui dit mieux ?
Et la suite s’annonce intéressante : un bassin à loutres va voir le jour en 2013. Il s’agira en fait de deux bassins, l’un pour les loutres américaines qui vivent dans l’eau de mer et l’autre pour les loutres européennes plus habituées aux rivières. Jean-Paul Alayse ne sera plus de l’aventure, retraite oblige. Mais c’est encore loin. Avant il y a 2010 et un long anniversaire. « On ne va pas s’arrêter une seconde » jure-t-il dans un éclat de rire. Eric Hussenot acquiesce. Evidemment.


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