Allez au contenu, Allez à la navigation

  • Télécharger cette page en PDF
  • Imprimer
  • Envoyer par email

Fanch Broudic, la voix du breton sur les ondes

Longtemps, il fut la voix familière du breton à la radio et à la télévision. S’il en est aujourd’hui retiré, ce Trégorrois de naissance n’a pas pour autant dételé. Président d’Emgleo Breiz qui édite des livres en breton, il continue à mener ses recherches sur l’usage du breton. Déjà docteur ès lettres pour sa thèse « La pratique du breton de l’Ancien Régime à nos Jours », il vient de publier «Parler breton au XXIe siècle».

En quelle langue avez-vous prononcé vos premiers mots ?

Je n’en ai pas la mémoire. Mais mes parents et mon environnement parlaient breton.

Quand avez-vous appris à lire et à écrire le breton ?

C’est en seconde au lycée que s’est déclenché mon intérêt pour cette langue quand on m’a proposé de suivre des cours de breton.

Vous avez connu l’ORTF, comment a évolué la place du breton à travers les médias audiovisuels ?

La progression a été sensible dans les années 70-80. Avec un public peut-être restreint mais réel. La télévision est le média qui permet de se rendre compte que le breton existe de visu et par l’écoute.

Comment perceviez-vous votre rôle ?

Je n’ai pas eu un rôle, j’ai eu un métier avec des objectifs que j’ai essayé d’assurer et une ligne de conduite : être l’interface avec les locuteurs.

La participation de ceux-ci, était-ce important ?

J’ai fait des centaines de reportages dans cet esprit-là. Et j’ai incité mes collègues à aller dans ce sens. C’est au contact des populations que les émissions trouvent leur raison d’être.

Depuis quand le français est-il parlé en Basse-Bretagne ?

Je ne saurais dire. Personne ne peut répondre à cette question.

Quand s’est-il imposé ?

Les années de l’après-guerre ont été décisives. Les parents ont appris le français à leurs enfants plutôt que le breton. De 1 100 000 locuteurs dans les années 1950, on est passé à 172 000 en 2009 en Basse-Bretagne.

Y a-t-il eu une volonté de faire disparaître le breton ?

Ce sont des objectifs que se sont fixés les pouvoirs publics à un certain moment. Mais il ne suffisait pas de le vouloir, sinon plus personne ne parlerait breton.

Quel pourcentage de la population parle breton ?

En Basse-Bretagne, 13 %. L’évolution est rapide, il y a dix ans 20 % de la population parlait breton.

Qui parle breton aujourd’hui ?

Le locuteur type est une femme mariée de plus de 60 ans, peu diplômée, qui vit principalement dans le Finistère.

Et où le parle-t-on ?

On parle peu au foyer mais davantage avec l’entourage ou les amis. La langue bretonne n’est plus celle du travail, mais celle de la proximité.

Comment sont perçus les panneaux bilingues ?

Positivement ! La plupart des Bretons, et pas seulement en Basse-Bretagne, sont largement favorables à la signalisation bilingue routière. En revanche, c’est moins vrai pour les aéroports et les gares, et encore moins sur les lieux de travail.

Et le maintien de la langue ?

Les gens ont une opinion positive. 89 % veulent que le breton se maintienne. Peu sont contre la langue bretonne mais seulement 2 % disent que c’est indispensable.

Quid du breton sur internet ?

Il y a une vraie présence avec plus de 200 sites en breton. Si vous tapez brezoneg, il y a quatre millions de réponses. Pourtant seulement 5 % des bretonnants utilisent internet.

Le breton fait-il partie des langues menacées ?

C’est la hantise actuelle. Mais aujourd’hui, personne ne peut dire s’il va disparaître et quand. Il existe un bloc de 200 000 locuteurs, ce n’est pas rien. Tout dépend de ce que la population et les pouvoirs publics voudront faire du breton.

Comment peut-on le transmettre aux générations futures ?

La seule possibilité, c’est par l’intermédiaire de l’école mais c’est une langue d’apprentissage, et plus une langue première. Aujourd’hui, il y a une légère progression d’enfants scolarisés mais pas suffisamment pour remplacer les locuteurs âgés.

Peut-on s’inspirer des modèles catalans et gallois ?

Il est intéressant de regarder ce qui se passe là-bas, mais on ne peut transposer tel quel.

Vos auteurs préférés ?

En breton, Jakez Riou. Parmi les auteurs récents Franck Bodenes et Henri Dorsel. Autrement, Garcia Márquez.

Rêvez-vous en breton ou en français ?

Peut-être plus en français qu’en breton, mais ça dépend du contexte.

Pourriez-vous vivre sous d’autres cieux ?

Je n’ai pas creusé la question. Je n’ai pas envie de migrer mais ce serait sans doute un challenge intéressant.

Et Brest dans tout ça ?

Je dois beaucoup à Brest. Étudiant, je me suis dit pourquoi ne pas aller à Brest plutôt qu’à Rennes même si c’était mal commode au niveau des moyens de transport et s’il n’y avait que des collèges universitaires. Je me suis marié à Brest, j’ai commencé à y travailler. J’ai fait des choix professionnels. Brest m’a apprivoisé et j’ai un peu apprivoisé Brest.


Tous les portraits et interviews